Officiellement, Apple – par la voix de Steve Jobs – refuse catégoriquement l’arrivée de Flash sur ses téléphones et tablettes, pour des raisons mille fois explicitées sur différents blogs : technologie propriétaire, consommatrice de ressources, peu sécurisée, et ne prenant pas en compte les spécificités des appareils (tactile, capteurs de mouvements, etc). Flash est le diable, dit-on chez Apple.
Officieusement, il est évident que l’arrivée de Flash sur iPhone permettrait aux utilisateurs – aux millions d’utilisateurs – de bénéficier gratuitement de contenus et applications interactives, les mêmes qui sont actuellement payants sur l’AppStore.
Le coup porté récemment par Apple a été particulièrement vil et saignant, en annonçant 3 jours avant la sortie de la suite CS5 que les applications iPhone créées par cette dernière ne seraient pas acceptées. La méthode suggère d’ailleurs plus une vendetta qu’une décision mûre et saine.
Le futur du web interactif ne serait donc pas Flash, mais HTML 5 dixit Apple. C’est un peu embêtant, cela revient à “mettre à la poubelle” un workflow qui commençait à arriver à maturité pour tout un pan entier de la création de contenu. Si HTML 5 permet effectivement de lire un fichier vidéo en se passant d’un plug-in comme Flash, il en est autrement concernant la création de mini-site immersifs et interactifs. Exit les milliers de développeurs Flash AS3 ? Au rencart les bibliothèques développées et enrichies depuis plusieurs années ? Et si l’iPhone et l’iPad peuvent prendre en charge l’HTML 5 mais pas les contenus en Flash, quid des très nombreux navigateurs installés sur les tout aussi nombreux ordinateurs portables et de bureau qui, à l’inverse, lisent très bien les contenus Flash mais pas ceux en HTML 5 ?
L’équation a beau être retournée dans tous les sens, la conclusion/solution reste la même : pour développer un contenu interactif et immersif, une écriture créative pure web, et lui assurer une large diffusion, il va falloir faire le travail deux fois. Pour faire un parallèle vulgarisant, et mieux comprendre l’absurdité de la situation, c’est un peu comme si on tournait un film avec une caméra ‘X’, sur plusieurs mois, avec une centaine de techniciens et des acteurs prestigieux, et une fois le travail terminé, recommencer un second tournage, à l’identique, avec une caméra ‘Y’ et les mêmes équipes, tout cela pour permettre au produit final sa diffusion à la plus large audience possible.
Jusqu’ici tout le monde semble suivre avec dépit le dictat imposé par Steve Jobs, mais un petit détail vient se glisser insidieusement dans cette situation ubuesque et apparemment figée, détail qui permettrait peut-être au public d’avoir le dernier mot et à l’une des deux parties de céder : Androïd.
Cet OS pour smartphones gagne de plus en plus de terrain, selon les dires de certains ils se vend même plus de smartphones sous Androïd que d’iPhone. Vrai ou pas, il n’en reste pas moins qu’Androïd est aujourd’hui le seul concurrent crédible à l’iPhone et que son succès est indiscutable. Cet OS bénéficie d’une interface visuelle bien travaillée, approchant la simplicité de celle de l’iPhone, d’un AppStore relativement bien fourni avec une communauté de développeurs très active et très talentueuse, donc une offre logicielle à la hauteur, mais surtout, dans la dernière version présentée à la convention I/O, Androïd 2.2 offre une réactivité accrue (donc plus de confort et une meilleur “expérience” pour les utilisateurs) et l’intégration de Flash.
Cette version va ainsi permettre aux créateurs de contenu de décliner leurs travaux sur le web mobile, et pour les utilisateurs, des expériences interactives “au creux de la main” – peut-être associées à de la géolocalisation – et sans avoir à installer des applications. Si le résultat est convainquant, les arguments de Steve Jobs risquent de prendre du plomb dans l’aile, et sous la pression des utilisateurs, peut-être verront nous l’arrivée de Flash sur iPhone et iPad.
Qui a dit que la concurrence avait du bon ?